Facteurs psychosociaux déterminants de la récidive des troubles addictifs chez les jeunes

Etude empirique menée dans la commune d’Oïcha (Nord-Kivu, RDC)


Par : 

Eugène KAMBALE VOMBA, psychologue clinicien 

Résumé

Cette étude examine les facteurs psychosociaux clés qui contribuent à la récidive des troubles addictifs chez les jeunes de la commune d’Oïcha, dans la province du Nord-Kivu (RDC). Alors que les rechutes persistent malgré les interventions thérapeutiques, cette recherche a pour objectif d’identifier les variables psychologiques et sociales qui alimentent ce phénomène. Adoptant une approche descriptive et analytique, elle repose sur une méthode d’enquête et d’observation, soutenue par un questionnaire distribué à 54 jeunes ayant déjà bénéficié d’un suivi psychologique ou psychiatrique. Les données ont été analysées par dépouillement manuel et l’analyse de contenu.

Les résultats indiquent que 63 % des participants associent leur consommation à des troubles émotionnels, tandis que 48 % signalent un environnement familial conflictuel et 89 % soulignent l’influence des pairs comme un facteur majeur de rechute. La solitude (34 %) et la faible estime de soi (55 %) aggravent la vulnérabilité psychologique des jeunes. De plus, la précarité économique et le chômage intensifient le sentiment d’exclusion sociale, entraînant des comportements d’automédication.
L’étude conclut que la récidive des troubles addictifs résulte d’une interaction complexe entre facteurs intrapsychiques, familiaux et socio-économiques, exacerbée par l’instabilité contextuelle du Nord-Kivu. Elle préconise un accompagnement psychosocial continu, une implication renforcée des familles et l’établissement de programmes communautaires de réinsertion et de résilience. Ces résultats plaident en faveur d’une approche écosystémique intégrée pour la prévention et le suivi des jeunes dépendants.

Mots clés : Facteurs psychosociaux, Récidive des troubles addictifs, Jeunes, Santé mentale, Vulnérabilité socioéconomique, Oïcha (Nord-Kivu, RDC)




INTRODCUTION
Les troubles liés aux addictions chez les jeunes représentent aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique à l’échelle mondiale. La consommation de substances psychoactives telles que l’alcool, le cannabis, les drogues illicites et d’autres produits modifiant le fonctionnement cérébral est devenue un véritable fléau social au fil des décennies. Malgré la mise en place de nombreux programmes de prévention et de réhabilitation, la prévalence des addictions et les taux de rechute restent préoccupants.
D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS, 2023), les taux de rechute après un traitement se situent entre 40 et 60 % au cours de la première année. Des estimations mondiales montrent qu’environ 60 à 80 % des personnes touchées connaissent au moins un épisode de rechute pendant leur parcours de rétablissement. Les adolescents et jeunes adultes sont particulièrement vulnérables, avec des taux pouvant atteindre 65 à 80 %, en raison notamment de la plasticité neuropsychologique, des influences sociales et du manque d’accès à des services adaptés. Certaines substances comme l’héroïne (78 %) et l’alcool (68,4 %) sont surtout liées à des taux élevés de récidive (NIDA, 2024).
En Afrique, bien que les données soient fragmentées, elles montrent une grande variation des taux de rechute, allant de 23 à 92 % selon les pays et les populations étudiées (BMC Psychology, 2025). Parmi les facteurs aggravants figurent un soutien social faible, une précarité économique marquée, des conflits familiaux persistants et un accès limité aux services de santé, en particulier dans les zones rurales et conflictuelles. Au Botswana, par exemple, 65 à 70 % des jeunes recommencent leur consommation dans les trois mois suivant le traitement, et deux tiers rechutent avant la fin de la première année (HSAG, 2024).
En République Démocratique du Congo, la recherche sur les troubles addictifs est encore à ses débuts. Cependant, des données provenant de l’Est du pays révèlent qu’environ 70 % des adolescents présentant des troubles psychiatriques concomitants sont réadmis aux soins, ce qui témoigne d’un fort risque de rechute (Pub Med, 2024). Dans la province du Nord-Kivu, plus précisément dans la commune d’Oïcha, cette situation est aggravée par plusieurs facteurs contextuels : instabilité sécuritaire, pauvreté chronique, rupture des liens familiaux et absence d’infrastructures pour le suivi post-traitement.
Les travaux de Leonard (2008) indiquent que « les troubles addictifs chez les jeunes sont souvent exacerbés par des facteurs de vulnérabilité psychosociaux tels que la précarité et la rupture des liens familiaux ». Chen (2003) souligne quant à lui que les événements stressants négatifs, comme les conflits familiaux, peuvent précipiter la rechute. Gifford (2010) ajoute que « le manque de soutien familial, associé à un environnement social défavorable, peut conduire à la réapparition des comportements addictifs ». 
Ces constats montrent que lorsqu’un environnement familial et social est dysfonctionnel et qu’il se conjugue à des problèmes de santé mentale tels que le stress, la dépression et une faible estime de soi, cela crée un terreau propice à la rechute après un traitement. À Oïcha, les jeunes, souvent confrontés à des traumatismes répétés et à une précarité économique durable, adoptent des comportements addictifs comme moyen d’adaptation émotionnelle, ce qui aggrave leur état de santé et complique leur réinsertion. 


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