SITUATIONS LIMITES, CRISES EN AFRIQUE, INTELLIGENCE HUMAINE ( REVUE TRISTELLE VOL 1, N°3). ARGUMENTAIRE

 

ARGUMENTAIRE DE LA REVUE TRISTELLE VOL 1, N°3

 Toutes les fois que l’homme remarque sa finitude et les risques ouverts à sa destinée, il s’investit dans la protection de celle-ci et essaie un tant soit peu de la rendre heureuse. Le bonheur est d’une façon ou d’une autre le fond de ses entreprises, ses occupations quotidiennes, ses efforts ; bref, de toute sa vie. Etant défini, comme un animal politique  ou tantôt comme un « homo sapiens » l’homme est en perpétuelle conquête réfléchie du bonheur[1].  Ainsi le trouve-t-on dans une organisation de sa vie sociale, morale, politique, spirituelle, etc. mais les vicissitudes de la vie comme les guerres, l’oppression, les épidémies, l’agression, les scandales, la pauvreté, la perpétuation du mal, la culpabilité le menacent de façon qu’il n’arrive point aisément à ses fins.

De cela, parmi les questions qui, en tout lieu et en tout temps ont fait, font et feront couler beaucoup d’encres et de salives figure sans aucun doute celle de l’impact des situations limites sur la vie de l’homme. L’on demande : la mort, la souffrance, le hasard, la culpabilité, l’angoisse, etc. nous rendent-ils plus humains ou nous déshumanisent[2] ? Allant un peu plus loin, les crises par exemple celles qui se vivent en Afrique et dans les autres pays du quart-monde, sont-elles une chance humaine ou une malchance ? Finalement, en tant qu’un être intelligent, que fait l’homme d’aussi efficace que digne de son intelligence face à ses crises et situations limites ?

La situation de crise est un mal qui engage tout homme à la réflexion, car il lui arrive de constater un décalage entre la vie idéale et la réalité. Ce décalage irrite, blesse et fait souffrir alors que le monde humain est intelligible[3] comme le souligne PLATON et les autres penseurs à sa suite. Voilà une raison noble pour les penseurs de la Tristelle de réfléchir en fond dans ce troisième numéro de la Revue Tristelle sur le problème existentiel des situations limites et des crises qui n’épargne personne, l’homme africain étant mis ici en vedette.

 Plus concrètement, la question principale sera de savoir si les situations limites ensemble avec les crises en Afrique pourraient avoir un sens ou une valeur pour l’être africain. Aussi, si cette valeur est à maintenir ou ne doit qu’être considéré comme un déclencheur sans rester elle-même une valeur. Certes, la souffrance d’un côté émeut le cœur de l’homme, elle déprave l’homme ; mais de l’autre côté, elle l’avertit de son comportement de naïveté, de son mode de vie afin qu’il prenne garde et qu’il prenne des nouvelles dispositions. Tout en étant réelle, elle n’a pas d’efficacité ou de valeur en soi, mais, c’est un signe d’éveil de la conscience, de l’intuition, on dirait de l’intelligence[4]. La souffrance a sa valeur, bien que, d’emblée, insignifiante ; car elle engage plus à la recherche du bien (solution), du bonheur, à l’affrontement, elle fait réfléchir, elle rend prudent et vigilant. A ce moment alors, nous pouvons trouver une instruction, une maturité ; et de là nait en nous une révolte active qui engage tout homme à sortir de sa mélancolie accablante causée par la souffrance.

Tel est le sens dans lequel abondent les penseurs de ce numéro où nous vous invitons à découvrir la richesse et le secret de ce que la négativité et les sphères contraires de la vie impliquent d’emblée et toujours.

                     Par KAVUGHO DEU Princesse, Psychologue dans la Tristelle  et présidente de l’association Tristelle

 



[1] Cf. ARISTOTE, La politique, J.Tricot (Trad.), Paris, J. VRIN, 1992, p.28.

[2] R. ROUSSILLON, « Conclusion. Les « situations limites » de la psychanalyse » in  Dans Paradoxes et situations limites de la psychanalyse, 2013, pp 303-320 cf https://www.cairn.info/paradoxes-et-situations-limites-de-la-psychanalyse--9782130620617-page-303.htm consulté le 3 juin 2022 à 10h05.

[3] Cf. PLATON, La République, Paris, TELRI, 1993, p. 222. Voir aussi  DESHAYS Catherine, « Points vues philosophiques sur la vérité » in Gestal, 2008, Vol 1 n°34, p. 50

[4] M. Heidegger, Nietzsche I, Paris, Gallimard, 1971, p. 13.

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